Le sauvetage de la Grèce est un Nième pansement sur une jambe de bois. Les gouvernements européens ont envoyé le signal nécessaire que les marchés réclamaient : non le système financier ne paiera pas, ni par une régulation plus stricte, ni par un défaut de paiement.
Les proverbes de sagesse populaire, et conservateurs, ont parlé : ile ne faut pas dépenser plus que ce que l’on gagne, une crise de la dette est catastrophique. Très bien. Nous allons donc calmement payer la crise financière et économique. Nous, les citoyens associés dans un groupement d’intérêt général, la nation. Crise de quoi, déjà ?
La crise financière de 2008, dont la crise de la dette est la dernière version, a des origines discutées. Certains y voient l’apogée de la dérégulation financière, d’autres y voient une crise de pauvreté des ménages américains dont les crédits immobiliers ont constitués des soins palliatifs, certains y voient une crise de surproduction mondiale nécessitant pour se maintenir à flot une surconsommation assistée, d’autres y voient un surplus gigantesque d’épargne mondiale sans assez de possibilités d’investissements productifs rentables. Ces scénarios de crise sont différents et appellent à différents types et niveau de régulation. Toutefois, ils s’accordent sur un point : le rôle du secteur bancaire et financier dans la crise. Sur ces quatre scénarios, le premier voit dans le système financier la cause fondamentale du dysfonctionnement, les deux suivant y voient une courroie de transmission à la fois complice et multiplicateur de dysfonctionnement d’origine externe, le dernier argue d’une déconnexion des valeurs financières de fondamentaux économiques réels. Tous s’accordent donc, certes de manière différenciée, pour mettre une réforme ou une régulation du système financier en priorité dans l’agenda.
Cette régulation doit s’attaquer à la fois aux angles morts du système financier que sont les paradis fiscaux ou la finance gré à gré, et à l’implémentation de ‘taxes’ techniques du secteur bancaire que peuvent constituer un changement de règlement sur les ratios prudentiels (approche du très timide Bale 3) ou une séparation des activités. Barack Obama a échoué à saisir la fenêtre d’opportunité qui lui était offerte en 2009, probablement objet du lobby de Wall Street, l’Europe n’a pas saisi les très faibles opportunités offertes par ses faibles dirigeants ( la suspension des CDS par Mme Merkel par exemple). La France a été à la traine sur tous ses sujets offrant un paquet de sauvetage des banques très favorable en 2008 (et s’appretant à le refaire cet été) et agitant les bras de manière dogmatique et désordonnée. Dogmatique en ce qui concerne le discours ‘tout ou rien’ de Toulon, désordonnée en ce qui concerne l’absence absolue de résultat de M. Sarkozy en la matière.
Tout ceci faute de choix politique fort au niveau européen (l’Allemagne n’y est pas pour rien) mais aussi et avant toute chose de solution politique équilibrée. L’Europe a choisi une approche dogmatique qui réunit dans un même camp les fédéralistes et technocratiques, qui voient là une opportunité de faire l’Europe par le fait, sans se rendre compte de la tragédie d’une naissance par viol démocratique, et d’une alliance libérale-conservateur, souhaitant prouver en même temps l’impasse de la régulation, et celle du niveau supra national. De cette coalition contre-nature, qui a fait exploser les clivages gauche-droite très rapidement, a été oublié un préalable fondamental de la réforme bancaire et de la dette. En 2008, ils l’affirmaient tous : le secteur financier sera réformé, la crise de 2008 ne sera plus possible. En 2011, faute d’avoir agi, les Etats sont acculés et ne peuvent plus réformer maintenant sous pression d’un secteur bancaire florissant. Ce préalable oublié est celui de la privatisation du profit et de la socialisation des pertes qui semble être la règle d’or du secteur financier.
Que faire ? Il y a un point commun entre 2008 et 2011 : la prise en otage par le secteur financier. Les banques sont certaines qu’elles ne devront pas payer. Aucun signal n’a été installé, le secteur est bien ‘too big to fail’. Il faut arrêter cette blague le plus rapidement possible. Le contribuable européen ne doit pas payer l’intégralité d’une dette, héritée d’un système en crise, qui selon tous les scénarios bénéficieraient d’une réforme stricte du système financier. Combien d’épisodes de crises de la dette allons nous attendre pour en utiliser un à une fin utile : réguler le système financier en assumant l’instant de crise ?
Une solution équilibrée de sortie de crise comporte donc nécessairement un abandon d’une partie des créances, déjà provisionnées comme risquées, par le secteur bancaire. La situation selon laquelle les Etats peuvent être sous tutelle et rançonnés mais pas le système financier doit s’inverser. Autant que de la sortie de crise actuelle, il en va des crises futures, de la légitimité de la construction européenne qui ne peut pas être constamment le viol du peuple, et la crédibilité des Etats a assumer leurs missions premières : la protection et le bien être de ses citoyens.

Si l’abstention aux élections politiques n’avait à ce jour qu’une réalité floue, l’abandon de la plupart des politiques face à la technique des marchés lui donne une réalité : à quoi ca sert de voter, si les hommes politiques ne veulent rien faire ?
Là est finalement le point clé de toutes ces questions. Nous, citoyens, pouvons encore faire quelque chose, nous ne subissons pas les problèmes du monde, nous laissons nos hommes politiques créer aujourd’hui nos propres problèmes en n’agissant pas. Le jeu est entre nos mains. La primaire socialiste est une partie du jeu.
Force est de constater que le duo hégémoniaque du parti socialiste est d’accord avec la droite sur ces questions. Il n’y aurait que deux choses à faire : l’austérité, et le fédéralisme européen par les faits plutôt que par le vote. Sur ces deux points, il est vrai, les résultats de Sarkozy sont ridicules : une forte augmentation de l’endettement sous le quinquennat du à son fétichisme pour les cadeaux fiscaux aux plus riches, et une défiance vis-à-vis de la chose européenne qui n’est dépassé que de peu par l’arrogance à dont il est volontiers paré chez nos partenaires européens. Le Sarkozy de 2005 est finalement là : il ne vote pas non, mais il s’abstient bien d’avoir une ambition pour l’Europe ce qui est bien pire finalement qu’un cri du cœur pour l’Europe. Un froid rejet libéral.
Mais, ce n’est pas parce que le président Sarkozy est faible sur ses présupposés ‘fondamentaux’ que ses fondamentaux sont les bons. Comme l’équipe de France de rugby s’entêtant ‘à jouer à l’anglaise’ contre les anglais pour les battre sur leurs fondamentaux dans les coupes de monde de rugby pour finir toujours battu, le PS finira battu avec cette stratégie. Est-ce une question d’égo de vouloir gagner sur les fondamentaux supposés de son adversaire ou une erreur manifeste d’ambition pour la France, et de soutiens aux valeurs de la gauche ?
Dans le cas de Marine Aubry et François Hollande, c’est le renoncement à convaincre de la pertinence d’une autre politique économique. C’est la campagne de la peur, du petit bras. On en connait malheureusement à la fois l’intérêt et le résultat.
L’adhésion au projet de la gauche perd de sa crédibilité à chaque fois qu’un dirigeant socialiste tourne casaque. Ca couvre tous ceux qui travaillent à l’existence, et l’exigence de sérieux, d’une alternative de ridicule. Malheureusement, les militants du Parti Socialiste, drapés dans leurs légitimismes préfèrent ‘gagner’ plutôt que débattre sur le fond. Entre nous, si c’est pour adhérer avec les positions de Martine Aubry ou de Francois Hollande sur la dette, je leur suggère de voter Manuel Valls. Au moins, leurs positions seraient cohérentes sur l’ensemble de la vision économique.
En 2011, pour la primaire socialiste, et en 2012 pour la présidentielle, il faut faire un vote de raison. Ce vote de raison doit d’articuler sur des nécessités simples. La réforme du système bancaire en est une. Elle est au cœur de tout projet qui se veut ancré dans les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Sans réforme du système financier, tout le reste n’est que démagogie.
S’adapter aux réalités exige une certaine analyse et une certaine volonté d’avoir prise sur les dites réalités. Malheureusement, la coalition des européo-babas, et des libéraux conservateurs, s’est enrichi d’une nouvelle catégorie : les socialistes qui tournent casaques. Il ne reste décidément que Montebourg pour proposer une alternative crédible à la situation actuelle.
Amis de toute la gauche, aidez vos amis du parti socialiste à retrouver un peu de fierté, et venez voter à la primaire. Les choix d’aujourd’hui sont une chose bien trop sérieuse pour être laissée aux élus du Parti Socialiste, qui a priori n’ont plus le sens de leurs valeurs, et le courage de leurs ambitions.